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LES PLUS FORTS JOUEURS D'ÉCHECS
De 902 à 1901
Al Suli (854 ou 880 - 946) est un historien et un joueur d'échecs arabe. Meilleur joueur de son époque et compositeur de problèmes et d'études, c'est l'un des plus anciens joueurs dont le nom nous soit parvenu. Il est l'auteur d'une histoire des califes abbassides et de deux des premiers livres faisant une description du Chatrang, l'ancêtre perse des échecs. Sa notoriété était telle que, pendant plus de six cents ans, on disait dans le monde arabe d'un bon joueur qu'il jouait comme Al-Suli.
Lucena Luis Ramírez de (v.1465 – v.1530) fut un important joueur d'échecs espagnol, compositeur d'études d'échecs et théoricien des échecs.
Lucena a écrit le plus ancien ouvrage imprimé sur les échecs, Repetición de Amores y Arte de Ajedrez, publié à Salamanque en 1497. Il a donné son nom à la position de Lucena - bien qu'elle n'apparaisse pas dans son livre - très importante pour la fin de partie tour et pion contre tour.
Damiano Pedro (1480 - 1544) était un apothicaire et un joueur d'échecs portugais. Connu pour avoir écrit un traité d'échecs, il est le premier problémiste portugais. Sur les circonstances de sa vie on ne sait presque rien. On suppose qu'il s'appelait à l'origine Pedro Damião et que, comme juif, il s'était réfugié à Rome en 1497 après que le roi Manuel Ier eut donné à choisir aux juifs du Portugal entre la mort et l'expulsion.
Son traité d'échecs, rédigé en italien et en espagnol, s'intitule Questo libro et de imparare giocare la scachi : Et de belitissimi Partiti, et est publié en 1512 à Rome. Dans son traité, dont un grand nombre de parties avaient déjà été publiées par Lucena, Damiano analyse quelques ouvertures, en suggérant qu'après 1.e4 e5 2.Cf3, la réponse 2… Cc6 est la meilleure et que 2… d6 (Défense Philidor) n'est pas aussi bonne. Damiano a condamné 2… f6 comme la pire de toutes, mais l'ironie et l'injustice du sort ont voulu que son nom fût donné à cette ouverture.
Ruy López de Segura (1530- 1580) était un des premiers grands joueurs d'échecs et un prêtre espagnol du XVIe siècle, confesseur du roi Philippe II d'Espagne.
Il a écrit le Libro de la Invencion del Arte Liberal del Axedrez (Livre de l'invention de l'art libéral des échecs) qui compte parmi les premiers manuels ayant fondé la théorie des échecs en Europe, et une ouverture porte son nom (la partie espagnole).
L'idée d'écrire cet ouvrage lui est venue à l'occasion d'une visite à Rome où il disputa en 1560 contre le maître italien Leonardo da Cutri un tournoi qu'il gagna nettement. Il tomba alors sur un livre d'échecs datant de 1512 dû au Portugais Damiano ; comme l'ouvrage ne lui plaisait pas du tout, il décida d'en écrire un lui-même, et le livre parut en 1561 à Alcalá de Henares. López racontait l'origine des échecs, indiquait les règles de jeu qui correspondaient déjà à celles que nous connaissons, et donnait pour la première fois une analyse exacte des ouvertures que l'on connaissait alors. C'est pour cette raison qu'on appelle aussi López « le père de la théorie des échecs ».
Avant tout, il examina l'ouverture que l'on nomma à cause de lui « espagnole » ou Ruy López. Il étudia également de façon très détaillée le gambit du roi.
Mais López ne disposait pas seulement d'une excellente connaissance théorique, dans la pratique sa force de jeu était énorme. Gagnant du premier tournoi d'échecs à Madrid, il est en quelque sorte le premier champion du monde de ce jeu. Cela ne l'empêcha pas, en 1575, de perdre à Madrid, à la cour du roi Philippe II, le match de revanche contre Leonardo da Cutri par 2 : 3 après avoir gagné les deux premières parties. López perdit aussi contre l'autre maître italien Paolo Boi, si bien que le triomphe italien fut complet dans ce premier tournoi international de l'histoire des échecs. À partir de ce moment, la prédominance aux échecs passa de l'Espagne à l'Italie.
Cutri Giovanni Leonardo da (1542-1597) aussi appelé Giovanni Leonardo di Bona et surnommé « Il Puttino » (le petit), est un joueur d'échecs italienIl fut avec Ruy López un des meilleurs joueurs de la fin du XVIe siècle.
En 1559 ou 15601, à Rome, Leonardo perdit un match contre Ruy López. Il subit une autre défaite en 1574, mais il prit sa revanche l'année suivante contre López à Madrid. Lors du premier tournoi international organisé en 1575 à Madrid par le roi d'Espagne entre les meilleurs joueurs de l'époque, il remporta le prix de mille scudi. Après sa victoire, il partit à Lisbonne à l'invitation du roi Sebastien Ier de Portugal pour affronter le champion portugais, El Morro. Il remporta le match et fut récompensé par le roi.
Dans les années 1580, Leonardo quitta le Portugal et s'installa à Naples. Avec Paolo Boï, il dipsuta de nombreuses parties dans le palais du premier duc d'Osuna et vice-roi de Naples (de 1582 à 1586) Pedro Téllez-Girón y de la Cueva (es).
Vers la fin de sa vie, Leonardo devint l'émissaire du prince de Bisignano. La plupart des informations sur la vie de Leonardo proviennent de Alessandro Salvio. Salvio, qui avait connu Leonardo à Naples, publia en 1634 Il Puttino, une biographie romancée de Leonardo et Boï. Selon Salvio, Leonardo mourut empoisonné par un rival jaloux dans le palais du prince de Bisignagno vers 15873.
Boï Paolo (1528- 1598) était un maître d'échecs italien.
Paolo Boï, appelé « le Syracusain » (Il Siracusano), était issu d'une famille riche et en vue. Dès son enfance, il commença à s'intéresser aux échecs. Jeune homme, il devint l'ami du pape Pie V et de beaucoup de nobles italiens, dont le duc d'Urbino qui lui payait une rente annuelle de 300 scudi. Selon Pietro Carrera, Boï était d'une force égale à Giovanni Leonardo da Cutri.
Boï eut aussi la possibilité de jouer aux échecs à la cour du roi d'Espagne Philippe II. En 1575, il battit les joueurs espagnols Ceron et Ruy Lopez lors d'un tournoi disputé à Madrid. Il était un esprit inquiet qui voyageait à travers toute l'Europe, gagnant de quoi vivre en jouant aux échecs. Il partit à Lisbonne jouer avec le roi Sébastien Ier de Portugal (1557–1578). Selon une estimation de Pietro Carrera, Boï doit avoir gagné 30 000 scudi. Après des séjours à Naples, à Milan, Venise et en Hongrie, Paolo Boï retourna en Sicile en 1597. Il mourut en 1598 à Naples d'un cancer de l'estomac. D'autres sources affirment qu'il fut empoisonné par son propre domestique.
D'après certaines sources, Paolo Boï fut fait prisonnier dans le Golfe du Lion par des pirates algériens lors de son retour d'Espagne, et fut vendu comme esclave pour 2000 sequins. Son maître turc était un passionné d'échecs et il lui rendit sa liberté avec une petite somme d'argent.
A Naples, en 1598, il joua et perdit contre le jeune Salvio ce qui lui fit dire : "Le jeunesse l'emporte. Vous êtes dans la force de l'âge, et j'ai 70 ans." Il se suicida 3 jours après en s'empoisonnant !
Polerio Giulio Cesare (1548- 1612) était un joueur d'échecs italien.
En 1575, Polerio, surnommé l'Abruzzese (son lieu de naissance Lanciano est situé dans les Abruzzes), accompagna son ami Giovanni Leonardo à Madrid. Leonardo et lui jouèrent en équipe, contre le célèbre joueur Ruy Lopez ainsi qu'un autre maître espagnol dénommé Alfonso Cerón. Ultérieurement, les Italiens furent rejoints par Paolo Boï, également connu sous le pseudonyme du Syracusain.
Après la rencontre de 1575, Polerio décida de rester à Madrid. Un certain nombre de manuscrits écrits entre 1580 et 1600 lui sont attribués. C'est principalement grâce à ces écrits qu'il est possible d'apprécier la qualité des échecs espagnols et italiens de cette époque.
Après son retour à Rome, Polerio devint maître d'échecs auprès du Prince de Buoncompagno. En 1606, il perdit un match contre Geronimo Cascio à Rome.
Greco Gioachino (vers 1600- 1634) dit Le Calabrais, était un joueur d'échecs italien du XVIIe siècle, probablement le meilleur joueur d'échecs de son époque.
L'innovation dans ses études était l'accent porté sur la nature combinatoire du jeu, qu'il avait saisi intuitivement. Il s'est particulièrement intéressé à la façon de déplacer les pièces et à ses possibilités tactiques. Il a trouvé des combinaisons remarquables et des astuces surprenantes qu'il a aussi publiées dans ses parties. Aujourd'hui comptées parmi les techniques de base des joueurs de tournoi, elles étaient alors innovatrices. Une combinaison trouvée par Greco contre les roques, contenue dans son recueil de parties de 1619, est entrée dans l'histoire des échecs sous le nom de mat de Greco.
Après 1621, Greco est parti en France, et a dédicacé à Nancy une copie de son livre au Duc de Lorraine. À Paris, il a gagné 5 000 scudi avec les échecs, une fortune, grâce à son style de jeu remarquable pour l'époque. Il a toutefois perdu tout son argent lors d'un voyage à Londres à la suite d'une agression.
De Madrid, il est ensuite parti aux Antilles où il est mort en 1634. Il a légué sa fortune aux Jésuites. Son livre d'échecs a par la suite été traduit dans de nombreuses langues et imprimé dans de nombreuses éditions. L'influence de Greco sur les échecs en Europe s'est étendue sur plusieurs siècles.
Alessandro Salvio (vers 1570-vers 1640) est un joueur d'échecs italien considéré comme un des meilleurs joueurs napolitains à partir de 1895. Salvio a fondé une
école d'échecs à Naples. Salvio a écrit plusieurs livres sur les échecs :
Trattato dell'Inventione et Arte Liberale del Gioco Degli Scacchi, publié en 1604 à Naples, réimprimé en 1634 La Scaccaide, paru à Naples en 1612 puis 1618 livre perdu, connu par des citations de Pietro Carrera. Il Puttino, paru en 1634 Histoire romancée des vies de Paolo Boï et Giovanni Leonardo da Cutri.
Stamma Philippe ( vers 1705-1755) dit « le Syrien » est un joueur d'échecs, et compositeur d'études d'échecs.
Champion officieux du « noble jeu », il se produisait à Londres au Slaughter's Coffee House dans St. Martin's Lane, l'équivalent anglais du Café de la Régence à Paris. Il était considéré comme l'un des meilleurs joueurs du monde jusqu'à sa défaite face à Philidor à Londres en 1747.
Stamma était en Angleterre traducteur pour l'arabe.
Sa réputation tenait pour une large part à son recueil d'études intitulé Essai sur le jeu des echecs ou Les secrets des échecs (1737), qui fut traduit en anglais (1745) et en allemand (Breslau, 1784). Ce livre, le premier à utiliser la notation algébrique, popularisa en Europe l'art des finales d'échecs, fort appréciées depuis des siècles au Moyen-Orient. Il a été réédité au xxe siècle sous le titre « Cent positions désespérées3 » car il contient une centaine de fins de parties.
Legal François Antoine de Kermur Sire de (1702 - vers 1792) était un joueur d'échecs français du XVIIIe siècle. Il est le premier joueur d'échecs professionnel dont le nom soit resté à la postérité.
Pendant plusieurs décennies et jusqu'à un âge avancé, Legal joua des parties avec enjeux au Café de la Régence, qui était un lieu d'échecs de rayonnement international à l'époque. Dans Le Neveu de Rameau, Diderot le mentionne comme un vieil habitué du café. La différence de niveau entre le joueur professionnel et son adversaire était alors compensée par un handicap correspondant (pion et trait, pièce mineure, tour, etc.)
À partir de 1741, Legal fut le professeur de François-André Philidor, le plus grand maître d'échecs du XVIIIe siècle. Jusqu'à ce qu'il fût vaincu par son élève, Legal était considéré comme le joueur d'échecs le plus fort de France.
Dans l'histoire des échecs, son nom est associé au mat de Legal, joué dans une partie contre Saint-Brie à Paris en 1750. Il ne reste malheureusement pas de traces d'une autre partie jouée par lui.
Philidor François-André Danican (1726-1795) surnommé le Grand, est un compositeur et joueur d'échecs français qui mena de front ces deux activités toute sa
vie.
Très jeune, il fréquente le Café de la Régence où il rencontre Jean-Jacques Rousseau. Dans Le Neveu de Rameau, Denis Diderot donne une description de ce café : « Paris est l'endroit du monde, et le café de la Régence est l'endroit de Paris où l'on joue le mieux à ce jeu ; c'est chez Rey que font assaut Legal le profond, Philidor le subtil, le solide Mayot ». Philidor montre une grande maîtrise dans la pratique (démonstration de jeu en aveugle) et se montre très en avance sur la théorisation du jeu. Il surclasse rapidement le Sire de Legal, meilleur joueur du Café de la Régence.
À Londres, il dispute un match en 1747 contre le Syrien Stamma fixé à Londres depuis 1742. Il le bat 8 à 2 et il est dès lors considéré comme le plus fort joueur du monde.
Il retourne à Londres (1771-1773) où il fréquente le St. James Chess Club, gagnant sa vie en faisant des parties d'exhibitions.
Vivant des pensions du roi et partisan d'une monarchie constitutionnelle, il s'exile en Angleterre en 1792. Il est inscrit sur la liste des suspects et, malgré les efforts de sa femme et de son fils aîné, restés en France, un passeport pour rentrer lui est refusé après Thermidor. Il meurt à son domicile londonien et est inhumé à St. James de Picadilly.
Philidor publie « L'Analyze des Echecs » en 1749, à l'âge de 22 ans, un des premiers traités d'échecs en langue française et un classique du genre. L'ouvrage sera édité une centaine de fois et traduit rapidement dans de nombreuses langues : anglais (Analysis of the Game of Chess, 1790), allemand, espagnol (Análisis del juego de ajedrez, 1827), russe, yiddish, etc. Cet ouvrage est le seul témoignage des conceptions échiquéennes de Philidor, les parties qu'il a jouées à l'apogée de sa carrière n'ont pas été conservées et il n'a jamais rencontré d'adversaires de son niveau, il pouvait battre les plus fort joueurs de son temps avec un handicap d'un pion et du trait.
Le terme d'Analyse marque d'entrée la rupture avec les conceptions antérieures. Alors que le jeu reposait essentiellement sur des qualités d'intuition et d'imagination, Philidor l'élève au statut de science et constitue un système rationnel dont il fournit le premier les lois essentielles. Il insiste sur l'importance des pions, et notamment des chaînes de pions. Richard Réti qualifie Philidor de « grand philosophe des échecs, trop en avance sur son temps pour être compris ».
On lui doit la fameuse maxime « Les pions sont l'âme des échecs » et la position de Philidor, très importante pour la fin de partie Tour et pion contre Tour. Son analyse de la fin de partie Tour et Fou contre Tour fait encore autorité. Dans son ouvrage L'Analyse du Jeu des échecs, il étudie l'ouverture qui porte son nom (la défense Philidor) : 1. e4 e5 2. Cf3 d6.
Ponziani Domenico Lorenzo (1719- 1796) était un compositeur d'études d'échecs italien du xviiie siècle.
On lui doit notamment l'ouverture appelée début Ponziani et qui commence par les coups 1.e4 e5 2.Cf3 Cc6 3.c3
McDonnell Alexander (1798-1835) parfois orthographié M'Donnell ou MacDonnell1, était un maître d'échecs irlandais, qui, à l'été 1834, a disputé une série de six matches contre Louis-Charles Mahé de La Bourdonnais, le meilleur joueur du monde de l'époque.
C'était le premier match de cette importance dans l'histoire d'échecs et aujourd'hui on le considère toujours comme le Championnat du Monde de 1834. Les parties ont été abondamment publiées et ont été annotées et discutées avec enthousiasme dans toute l'Europe. Au cours de cette rencontre de titans, les deux joueurs ont introduit plusieurs innovations, dont quelques-unes se rencontrent encore aujourd'hui. On pourrait même dire que l'ère moderne des échecs a commencé avec le match de 1834 entre McDonnell et La Bourdonnais.
La Bourdonnais Louis-Charles Mahé de (vers 1795-1840) parfois abrégé en Charles de la Bourdonnais est un joueur d'échecs français. Petit-fils de Bertrand-François Mahé de La Bourdonnais, il est le fondateur de la première revue d'échecs, Le Palamède. Il fut l'un des joueurs les plus forts au début du XIXe siècle. À cause de son talent extraordinaire de combinaison, on le regarde comme le plus grand maître que la France ait possédé après Philidor. Son nom a été donné par Evgueny Svechnikov à une variante de la défense sicilienne : la variante La Bourdonnais.
En 1833, il publia un manuel : Nouveau Traité du jeu des échecs (Paris), entièrement composé pour les amateurs et les passionnés d'échecs.
Puisqu'il n'y avait plus en France aucun joueur qui pût le battre, La Bourdonnais alla en 1834 à Londres pour y défier celui qui était le joueur le plus fort de Grande-Bretagne, l'Irlandais Alexander McDonnell. Ce premier match mémorable dans l'histoire des échecs dura de juin jusqu'à novembre et totalisa 85 parties. La Bourdonnais gagna par 45 victoires à vingt-sept et treize parties nulles (+45 -27 =13). Les parties, qu'on jouait encore sans minutage, furent notées et publiées.
Après cette victoire contre McDonnell, La Bourdonnais fut considéré comme le joueur le plus fort du monde. Il revint à Paris et y fonda le premier journal d'échecs, Le Palamède dont la première version parut de 1836 à 1839.
Peu après, il fut atteint d'hydropisie. Il partit en Angleterre pour se soigner et mourut à Londres le 13 décembre 1840 à 43 ans.
DeschapellesAlexandre-Louis-Honoré Lebreton (1780 - 1847) est un soldat de la Révolution et de l'Empire et le deuxième maître d'échecs français après
Philidor. Il est durant une période le meilleur joueur au monde.
Après la chute de Napoléon, en 1815, il se consacre aux échecs (jeu qu'il avait appris, à l'en croire, en seulement quatre jours), au jeu de Whist (un ancêtre du Bridge), au Backgammon ainsi qu'au billard.
Bientôt Deschapelles devient un des joueurs les plus forts du Café de la Régence. Il est réputé jouer des parties où il donne un avantage. S'il perd, il a l'habitude d'augmenter l'avantage et l'enjeu, ce à quoi ses adversaires ne se risquent pas toujours. Il n'est en aucune manière théoricien, ne lit jamais de livres d'échecs et, contrairement à Philidor, n'en a jamais rédigé non plus. Il ne brille pas par sa connaissance des ouvertures, réfléchissant souvent longtemps lors de ses premiers coups.
Sous la Monarchie de Juillet, il combat le gouvernement et sa Loi du Peuple paraît en 1848. Après l'insurrection des 5, 6 et 7 juin 1832, il est arrêté.
Dès la Restauration Deschapelles avait laissé le sceptre à son élève La Bourdonnais, se retirant des échecs et se consacrant avec autant de succès au whist et à la culture des fruits et des légumes, donnant des dîners évoqués jusque dans le document Taschereau en 1848. En 1842, il avait encore gagné un match d’échecs contre Saint-Amant par +3-2=0.
Petrov Alexandre Dmitrievitch (1794 - 1867) est un joueur et théoricien russe des échecs
Il apprend les échecs à l'âge de 4 ans. À 20 ans, champion incontesté de Saint-Pétersbourg, il entreprend un traité de théorie qui est publié en russe en 1824 sous le titre de Chakhmatnaïa igra en deux volumes. Dans les années 1830/40 il exerce la mission de sous-secrétaire d'État pour la Pologne, alors sous domination russe.
Sur le plan échiquéen, il assoit sa domination sur les joueurs russes, et bat notamment son propre élève Carl Jaenisch. C'est à cette époque que l'ouverture qu'il a particulièrement étudiée avec Jaenisch, la défense russe ou défense Petrov, est diffusée en Occident notamment par un article dans la revue française Le Palamède. En 1862, il a encore la ressource de battre en match Ilia Choumov (+4, -2), célèbre joueur et compositeur russe.
Petrov a été surnommé le « Philidor du Nord » ou le « La Bourdonnais russe ».
Saint-Amant Pierre Charles Fournier de (1800-1872) était un joueur d'échecs français. Il est considéré comme le plus fort joueur mondial de 1840 à 1843.
Saint-Amant est à Paris en 1858 lorsque Paul Morphy lui rend visite. Le Français admet ouvertement qu'il n'est pas de la classe de Morphy, et a participé à un banquet en l'honneur du jeune Américain, joueur prodige de son temps. Ils ont joué quelques parties en privé, dont on sait seulement que l'une au moins fut gagnée par Morphy.
En 1861, Saint-Amant part en Algérie pour y passer ses années de retraite. Il y meurt en 1872 à la suite d'un accident de carrosse.
Evans William Davies (1790- 1872) était un joueur d'échecs gallois et l'inventeur du Gambit Evans.
Il prit la mer à l'âge de 14 ans et à partir de 1815 environ servit sur des bateaux de poste. Quatre ans plus tard, il était promu capitaine.
Il n'apprit à jouer aux échecs qu'à l'âge de 28 ans auprès d'un officier de marine. Vers 1824, il inventa le gambit auquel on donna plus tard son nom et le montra en 1826 à Londres, entre autres à Alexander McDonnell qui faisait partie des meilleurs joueurs mondiaux de l'époque et qui employa souvent ce gambit par la suite. En 1838, Evans joua plusieurs parties contre Howard Staunton, qui parle de lui à plusieurs reprises dans son Chess Player's Handbook (1847) et qualifie ce gambit « d'ingénieux et d'intéressant »1.
En janvier 1840, Evans fut mis à la retraite en raison de son état de santé, mais passa encore deux ans comme capitaine en Méditerranée. Il se fit aussi un nom comme inventeur des lanternes de navire à trois couleurs conçues pour éviter les collisions nocturnes en mer.
Bien que, en remerciement pour cette invention, il reçût une grosse somme d'argent du gouvernement britannique et, du tsar de Russie, une montre de gousset en or, Evans mourut pauvre à Ostende. Peu de temps avant sa mort, des joueurs d'échecs anglais avaient encore lancé une souscription pour lui venir en aide.
Staunton Howard (1810- 1874) fut un joueur d'échecs britannique réputé et champion du monde d'échecs officieux. Il était également chroniqueur dans un journal, écrivain et disciple de Shakespeare. Au XXIe siècle, son nom évoque le style de pièces d'échecs qu'il a approuvées, le modèle Staunton. « Ces figurines avaient été dessinées en 1849 par Nathaniel Cook, et Staunton en fut le premier promoteur » lit-on dans le magazine Europe Échecs numéro 576.
En 1842, il disputa des centaines de parties contre John Cochrane, un très bon joueur. Ce fut pour Staunton un excellent entraînement pour ce qui devait être son plus grand succès aux échecs l'année suivante. En 1843, il joua un match rapide contre le champion de France, Pierre Saint-Amant, en visite à Londres ; il perdit par 3,5-2,5, mais ils convinrent d'une revanche qui devait avoir lieu à Paris. Du 14 novembre au 20 décembre 1843, Staunton rencontra de nouveau Saint-Amant au Café de la Régence et le battit sur un score sans appel, 13-8. Après cette défaite de Saint-Amant, aucun autre Français ne le remplaça pour défendre la suprématie française aux échecs qui avait commencé avec Philidor, et c'est Londres qui devint la nouvelle capitale mondiale des échecs. Staunton fut reconnu officieusement comme le meilleur joueur du monde de 1843 à 1851. Il se rendit à Paris l'année suivante pour rencontrer de nouveau Saint-Amant, mais souffrant d'une pneumonie sévère, qui ne cessa de nuire à sa santé, il dut annuler le match à la dernière minute. Ils ne devaient plus jamais se rencontrer.
En 1845, Staunton commença à tenir une rubrique d'échecs pour l'Illustrated London News, qu'il continua le reste de sa vie. Cette rubrique échiquéenne était la plus lue dans le monde. Le 9 avril, Staunton, représentant Londres, gagna une partie par télégraphe (variante de partie à l'aveugle contre des joueurs qui étaient à d'autres endroits) contre un groupe de cinq ou six personnes, qui mirent environ huit heures pour finir la partie.
Staunton jouait des matches contre des joueurs moins forts en leur donnant l'avantage d'un pion et de deux coups, mais il a joué aussi contre des maîtres comme Horwitz et Harrwitz en 1846, en les battant tous les deux.
En 1847, Staunton écrivit son travail considéré comme le meilleur, The Chess-Player's Handbook. Un autre livre, The Chess-Player's Companion suivit en 1849.
En 1849, Nathaniel Cook conçut un jeu d'échecs avec une certaine forme pour les pièces et les droits furent acquis par John Jaques qui les réserva à sa compagnie, Jaques of London. Staunton parla de ce nouveau jeu dans sa rubrique d'échecs des Illustrated London News. Chaque jeu était vendu accompagné d'une brochure écrite par Staunton qui recevait une redevance sur chaque jeu vendu. Le design est devenu populaire et les figurines « Staunton » sont devenues depuis le jeu standard pour les joueurs d'échecs, tant professionnels qu'amateurs.
En mai 1851, Londres accueillit la Grande Exposition. La communauté des joueurs d'échecs de Londres était alors en plein développement et était la plus active du monde, elle se sentit obligée de faire quelque chose d'analogue pour les échecs. Staunton se chargea alors d'organiser le premier tournoi d'échecs du monde, qui se tiendrait à Londres en même temps que l'exposition. L'idée était d'inviter les principaux maîtres que comptait le monde à concourir entre eux, afin de servir de tremplin aux échecs de la même façon que la Grande Exposition servirait de tremplin à la technologie et à la culture du monde. Il persuada quelques amateurs d'échecs de Londres et réunit 500 £ – une importante somme à l'époque - pour aider à l'organisation de cet événement.
Bien que le club d'échecs de Londres eût refusé d'envoyer quelqu'un pour participer à la compétition, cette rencontre de 1851 à Londres n'en fut pas moins un succès, malgré la déception de Staunton qui, après s'être battu pendant tout un mois contre quinze autres joueurs d'échecs de classe mondiale, fut éliminé par celui qui devait être le vainqueur final, Adolf Anderssen, puis battu pour la 2e place par son ancien élève Elijah Williams. La grande époque de Staunton était maintenant passée, mais sa réputation comme principale autorité du monde en matière d'échecs fut renforcée parmi les amateurs grâce à ses livres et à la promotion qu'il faisait de lui-même dans ses rubriques d'échecs. Cependant, il n'était pas complètement hors de forme, et le prouva la même année en prenant sa revanche sur Williams qu'il battit par six victoires à quatre et un match nul, et en écrasant Carl Jaenisch par sept victoires à deux et un match nul.
En 1852, Staunton écrivit sur le tournoi de 1851 à Londres un livre intitulé, The Chess Tournament. Sur la page de titre est écrit « By H. Staunton, Esq., author of The Handbook of Chess, Chess-players Companion, &c.&c.&c », et en 1853, un garçon de quinze ou seize ans nommé Paul Morphy gribouilla à la suite de ces mots sur son exemplaire, « et de quelques parties affreusement mauvaises ». Avant 1851, Staunton était célèbre pour être devenu le meilleur joueur d'échecs du monde. Après 1851 et jusqu'à sa mort en 1874, sa réputation vint de ce qu'il contribua à faire de l'Angleterre la capitale mondiale des échecs.
En 1853, Staunton fit un voyage à Bruxelles pour y rencontrer le baron Tassilo von der Lasa, un autre éminent théoricien des échecs. Ils discutèrent sur la standardisation des règles du jeu et disputèrent un match court, qui se termina en faveur du baron, cinq victoires à quatre avec trois matches nuls.
Birmingham 1858 fut pour Staunton sa dernière compétition publique. Il refusa de jouer contre Paul Morphy en public pendant la visite de ce dernier en Angleterre en 1858, se disant trop occupé à son travail sur Shakespeare. Pour justifier cette affirmation, il ne fit plus désormais qu'écrire sur Shakespeare et sur les échecs
Löwenthal Johann Jacob (1810-1876) est un maître hongrois du jeu d'échecs. En 1851, il se rend à Londres et est éliminé au premier tour du tournoi international de Londres par Elijah Williams (en). Il réside dès lors de façon permanente en Angleterre. Au tournoi de Manchester 1857, Löwenthal défait Adolf Anderssen pour la première place.
En visite à La Nouvelle-Orléans, il affronte Paul Morphy à deux reprises, perdant trois parties au total. Il est l'un des premiers maîtres à jouer contre Morphy à l'arrivée de ce dernier à Londres en 1858. Morphy remporte le match sur le score de +9 -3 =2.
Quelques jours après cette défaite, Löwenthal remporte son plus grand succès en gagnant le championnat par élimination de la fédération britannique à Birmingham.
En 1860, Löwenthal profite de la popularité de Morphy pour publier une compilation des meilleurs parties de l'Américain intitulée Morphy's Games of Chess. Selon le biographe de Morphy David Lawson, Morphy accepte de signer des parties du livre par amitié pour Löwenthal, alors qu'il n'en est pas l'auteur.
Pendant un certain temps, Löwenthal sert de secrétaire au club d'échecs Saint-Georges de Londres. Il enseigne les échecs et invente le premier échiquier de démonstration. Il collabore à l'organisation d'un tournoi international en 1862 et publie le livre du tournoi.
Löwenthal est aussi le rédacteur de la rubrique échiquéenne du The Illustrated News of the World et de The Era. Il contribue aussi au Chess Players' Magazine (1863-1867).
Cochrane John (1798-1878) est un joueur d'échecs et un barrister écossais. Joueur brillant, qui aimait effectuer des sacrifices, il vécut longtemps en Inde et disputa plusieurs matchs contre les meilleurs joueurs du début du XIXe siècle : Deschapelles, La Bourdonnais, Staunton et Saint-Amant.
John Cochrane était issu d'une vieille famille écossaise. Lors d'une visite en France, en 1821, il disputa un match à handicap contre Alexandre Deschapelles (perdu 1 à 6) et un match contre Louis-Charles Mahé de La Bourdonnais qu'il perdit également (0 à 7). Il s'installa à Londres où il exerça la profession de barrister. En 1822, il publia A Treatise on the Game of Chess, inspiré par le Traité des Amateurs de Verdoni.
En 1824, Cochrane participa au début du match d'échecs par correspondance Londres-Édimbourg (dans l'équipe londonienne) et convainquit son équipe d'utiliser le gambit écossais dans la partie écossaise. La même année, en 1824, il quitta l'Angleterre pour l'Inde et vécut à Madras et à Calcutta jusqu'à sa retraite du barreau en 1869. Il fonda un club d'échecs à Calcutta.
De 1841 à 1843, Cochrane revint à Londres. Durant cette période, il disputa de nombreuses parties contre Howard Staunton qui en gagnait la majorité, contre William Davies Evans et contre George Walker1. Il remporta en 1842 un match contre Pierre Saint-Amant (+6 -4 =1). Selon Wilhelm Steinitz, qui le connut dans les années 1870, Cochrane battit Staunton lors d'un match à égalité (+3 -2 =1) et fit match nul lors d'un match à handicap.
En 1870, Cochrane revint définitivement en Angleterre et devint secrétaire du club Saint George de Londres.
Adolf Anderssen (1818-1879) est un joueur d'échecs allemand. Considéré comme le meilleur joueur du monde après un important tournoi tenu à Londres en 1851, il est considéré comme l'un des meilleurs représentants de l'école romantique.
Il publie à l'âge de 24 ans une étude de finales, Aufgaben für Schachspieler, qui lui donne un important succès. Devenu professeur au lycée à Breslau et son avenir étant assuré, il commence alors sa carrière de joueur amateur à 30 ans.
Après un premier match disputé en 1848, Anderssen affronte Daniel Harrwitz, l'un des meilleurs joueurs d'Europe en obtenant un score nul de 5 à 5. Pour un pur amateur, ce résultat est remarquable. La même année, le Illustrierte Zeitung, journal d'échecs allemand, publie son portrait, ce qui était considéré comme un grand honneur à l'époque.
Ne pouvant jouer sérieusement que pendant ses congés scolaires, Anderssen s'inscrivit en 1851 au premier tournoi européen d'échecs qui avait lieu en même temps que l'exposition universelle de Londres. Il prend le dessus sur tous les meilleurs joueurs d'Europe, ainsi que sur le champion du monde officieux : Howard Staunton.
Le tournoi de Londres était un tournoi à élimination directe. Anderssen battit successivement Lionel Kieseritzky, Szén, Staunton et enfin Wyvill en finale.
Vainqueur des tournois de Londres 1851, Londres 1862, Baden-Baden 1870, de la Partie immortelle et de la Toujours Jeune.
Boden Samuel Standidge (1826-1882) est un joueur d'échecs professionnel anglais. Paul Morphy émet l'avis que Boden était le plus fort joueur anglais, même si Barnes avait de meilleurs résultats contre lui que Boden.
Le schéma du mat de Boden est baptisé suite à son apparition dans l'une de ses parties, contre Schuler, à Londres, en 1853.
Une variante de la défense Philidor porte également son nom, suite à l'une de ses parties contre Paul Morphy.
Harrwitz Daniel (1823- 1884) est un joueur d'échecs allemand. Dans les années 1840 et 1850, il faisait partie de l'élite des joueurs.
Il établit sa réputation à Paris, surtout comme joueur de parties à l'aveugle. Il perd un match en Angleterre contre Howard Staunton en 1846 et fait match nul contre Adolf Anderssen en Allemagne en 1848.
À partir de 1849, il vit en Angleterre où il fonde la British Chess Review. En 1856, il va à Paris et gagne un match contre de Rivière. Deux ans plus tard, il joue contre Paul Morphy. Il gagne les deux premières parties, mais perd le match par abandon, Morphy menant 5,5-2,5 à ce moment. Il se retire alors de la compétition, pour raison de santé affirmait-il. Il prend ensuite sa retraite dans le Tyrol autrichien, où il meurt en 1884.
Harrwitz l’a emporté sur Anderssen au nombre de victoires. Bien que sous ce rapport il ait perdu contre Morphy, il est un des rares maîtres à l’avoir battu avec les Noirs.
Paul Morphy (1837- 1884) est un joueur d’échecs américain.
En deux ans, vers l’âge de 20 ans, Morphy défait tous les meilleurs joueurs d’échecs américains, puis européens. Par la suite, il renonce à jouer et tente de faire carrière en droit, mais sans succès car, antiesclavagiste, il refuse de s’enrôler lors de la guerre de Sécession.
Au total, Paul Morphy a joué 227 parties d’échecs en compétition avec environ 87 % de victoires. Il n’existe qu’un seul problème d’échecs connu de Paul Morphy, qu’il créa alors qu’il était âgé de moins de dix ans.
Enfant prodige, Morphy est considéré comme le premier joueur d’échecs moderne, ayant laissé une partie célèbre, la partie de l'opéra.
Selon son oncle, Ernest Morphy, personne n’a jamais montré à Paul comment jouer aux échecs. Il a écrit que Paul a compris les règles en observant le déroulement des parties qui se jouaient à la maison. Ernest relate que Paul a mentionné, après avoir observé pendant plusieurs heures une partie de son père et son oncle, qu’il aurait dû gagner la partie. Tant le père que l’oncle sont surpris d’entendre une telle affirmation de la bouche d'un jeune enfant, car ils ne croyaient pas qu’il savait déplacer les pièces, encore moins qu'il connaissait la stratégie échiquéenne. Ils seront encore plus surpris lorsque Paul remettra les pièces sur l’échiquier et prouvera son affirmation.
Après cet épisode, sa famille reconnaît son talent. Il le démontre ensuite en jouant dans différentes compétitions locales, ainsi que lors de réunions familiales, le dimanche. À l’âge de 9 ans, il est déjà considéré comme l’un des plus forts joueurs de La Nouvelle-Orléans.
En 1846, le général Winfield Scott visite la ville et désire affronter un fort joueur d’échecs pendant la soirée. Les échecs sont un passe-temps pour lui, et il se considère comme un bon joueur. Après le repas du soir, un échiquier est préparé et l’on présente au général son adversaire : Paul. Croyant à une blague de mauvais goût, il s’offusque, mais on lui assure que le garçon est un prodige des échecs. Le général accepte de jouer et Morphy le bat facilement deux fois de suite. La seconde fois, Paul annonce un mat forcé six coups après le début de la partie. Ces deux défaites face à un enfant mortifient l’ego du général, qui refuse de continuer à jouer et se retire pour la nuit. Il n’a plus jamais affronté Morphy.
En 1850, à l’âge de douze ans, Morphy est capable à la fois de battre tous ses proches et de jouer à l’aveugle. Il rencontre tous les meilleurs joueurs de la région, ainsi que tous les maîtres de passage. C’est ainsi qu’il bat le maître hongrois Johann Löwenthal, un fort joueur de l'époque, alors en déplacement aux États-Unis pour des matches exhibitions.
Lors de la première partie, Löwenthal, qui croyait jouer une partie facile contre un enfant, se rend compte en jouant son 12e coup de la véritable force de son adversaire. Il ralentit en conséquence sa cadence de jeu, et chaque fois que Morphy fait un bon coup, Löwenthal sourcille d’effroi, d’une manière « comique », selon Ernest Morphy. Surpris par le talent du garçon, Löwenthal joue trois parties contre Morphy pendant son séjour à La Nouvelle-Orléans, toutes perdues.
Paul Morphy devient à 20 ans le premier champion des États-Unis. Pour cette raison, on le presse de se mesurer aux meilleurs joueurs européens.
Durant les quelques mois où Morphy est en Angleterre, il joue le plus souvent des parties à l’aveugle, et même des parties en simultanée contre huit joueurs, qu’il gagne sans exception.
Paul Morphy lors d'une séance de simultanée à l'aveugle au Café de la Régence à Paris. Recherchant de nouveaux adversaires, Stauton évitant toujours l’affrontement, Morphy traverse la Manche et se rend au Café de la Régence à Paris, haut-lieu des échecs français de l'époque. Il y affronte en match Daniel Harrwitz, le meilleur joueur français à l’époque. Un prix est versé au gagnant après 7 points. Morphy perd les deux premières parties, mais réagit avec calme, se rendant compte qu’il joue avec trop d’impétuosité. Il gagne la troisième, la quatrième, la cinquième, puis la sixième partie. Harrwitz demande alors une pause de huit jours pour cause de santé. Morphy accepte, à la condition de reprendre au rythme d’une partie par jour. À la reprise, il annule contre Harrwitz, puis gagne la huitième partie. À ce moment, Harrwitz demande une nouvelle pause, mais Morphy refuse. Harrwitz abandonne.
À Paris en 1858, Morphy attrape la grippe et souffre d’une forte fièvre. En accord avec la médecine de l’époque, il est traité à l’aide de sangsues, perdant beaucoup de sang. Il est tellement affaibli qu'il ne peut se tenir debout sans aide, mais insiste pour jouer contre Adolf Anderssen, considéré comme le meilleur joueur européen du moment, lequel est venu expressément de Breslau, en Allemagne pour ce match. Malgré sa maladie, Morphy triomphe facilement (+7 =2 -2). Lorsqu’on questionne Anderssen sur sa défaite, il réplique qu’il manque de pratique, mais que Morphy est plus fort et qu’il l’a battu à la régulière. Anderssen a aussi affirmé que Morphy était le plus fort joueur connu, dépassant même La Bourdonnais.
C’est pendant cette période que Morphy joue la célèbre partie de l'opéra à l’Opéra de Paris en 1858 contre le duc Charles II de Brunswick (jouant en consultation avec le comte Isouard).
De retour chez lui Morphy aurait déclaré qu’il ne jouerait plus de parties sans donner un pion et le trait à son adversaire (dans un match entre deux maîtres de même force, un pion suffit souvent à assurer la victoire). Il se retire de la compétition et joue très peu en public.
Il se concentre alors sur sa carrière en droit. Malheureusement, il ne peut commencer, car la guerre civile américaine éclate en 1861 et perturbe les activités de La Nouvelle-Orléans. Opposé à la sécession, il refuse de servir dans l’armée confédérée. Quelque temps après, il quitte la ville et retourne à Paris, où il demeure le temps que la guerre civile se termine.
Son opposition à l’esclavagisme ainsi qu’à la guerre le rend impopulaire dans sa ville natale, et il ne peut en conséquence y pratiquer le droit. Toutes ses tentatives d’ouvrir un bureau de droit échouent, car les seules personnes qu’il y rencontre viennent pour parler d’échecs. Financièrement à l’aise grâce à sa famille, il passera le reste de sa vie dans l’oisiveté.
Malgré les demandes de ses admirateurs, il refuse de rejouer aux échecs car il ne considère pas cela comme une occupation sérieuse. En effet, à cette époque, le jeu d’échecs est une activité pour amateurs qui ne sied pas à des gentilshommes. Les joueurs professionnels dans les années 1860 étaient mal vus, plus comme des parieurs professionnels et autres joueurs peu recommandables. Ce n’est qu’à partir du xxe siècle que le jeu est devenu respecté, notamment avec la venue de Wilhelm Steinitz, par son travail scientifique du jeu, et d’Emanuel Lasker, qui exigeait des enjeux élevés lors des matches.
Les dernières années de Paul Morphy sont tragiques. Déprimé, il passe son temps à déambuler dans le vieux carré français de la Nouvelle-Orléans, parlant avec des personnes invisibles. Il souffre également de délires de persécution et de paranoïa.
Paul Morphy meurt dans sa baignoire en 1884, à l’âge de 47 ans, des suites d’une attaque cérébrale.
Horwitz Bernhard (1807- 1885) était un maître germano-britannique d'échecs et un compositeur d'études.
D'origine juive, il changea par la suite son prénom Benjamin pour celui de Bernhard. De 1836 jusqu'à 1839, il étudie la peinture à l'École des Beaux-Arts à Berlin. Vers la même époque, de 1837 à 1843, il fait partie d'un groupe de joueurs d'échecs allemands appelé « La Pléiade berlinoise ». Il s'installe d'abord à Hambourg en 1839, puis en 1845, pour se perfectionner, il se rend à Londres où il prend la nationalité britannique et participe de façon soutenue à la vie échiquéenne.
En 1851, il participe au premier tournoi international à Londres où il prend la 7e place. Il bat de nouveau Bird à la première ronde par +2,5-1,5, mais perd contre Staunton à la seconde par +2,5-4,5, et se fait écraser par J. Szen à la troisième. Pendant une période, il occupe le troisième rang mondial, selon Jeff Sonas. Il atteint son meilleur classement en octobre 1846. .
Cependant, son mérite principal dans les échecs se trouve beaucoup plus dans sa création analytique. Il a composé des problèmes et des études. Il a remporté le premier tournoi de composition d'études de l'histoire qui avait été organisé par Löwenthal.
En collaboration avec Josef Kling, il publie en 1851 Chess Studies, une collection de 208 finales, principalement le fruit de leur collaboration. Après la mort de Kling, Horwitz fait paraître en 1884, sous le titre Chess Studies and End-Games, une réédition augmentée qui jette les base de la théorie moderne des finales. Les deux auteurs sont d’ailleurs considérés comme ceux qui ont fondé l'étude moderne des finales.
À partir de 1855, Horwitz a composé plus de 200 études qu'il fait paraître sous son nom dans des revues comme Westminster Papers, The City of London Chess Magazine et The Chess Monthly.
Zukertort Johannes Hermann ( 1842- 1888) qui disputa et perdit le premier championnat du monde d'échecs en 1886.
Il devint docteur en médecine, pianiste de grand talent et parlait couramment une dizaine de langues. Extrêmement cultivé, il fit ses études au fameux Maria-Magdalenen-Gymnasium de Breslau, puis devint pensionnaire de l’université de Breslau quand il apprit à jouer aux échecs à l'âge de vingt ans ; dès lors plus rien d'autre n'exista pour lui. Pendant la Guerre franco-prussienne de 1870, il servit comme officier dans un régiment d'infanterie, où il avait la réputation de loger une balle de pistolet dans un as de jeu de cartes à quinze pas ! Il fut d'ailleurs décoré pour avoir été le seul officier survivant de son régiment lors de la célèbre bataille de Gravelotte en Lorraine.
Revenu à la vie civile, Zukertort fit la connaissance d'Adolf Anderssen qui lui prodigua ses leçons, et ses progrès furent fulgurants. Ayant vaincu son maître, il commença par remporter des tournois puis, beaucoup trop confiant, il lança un défi à Wilhelm Steinitz qui le mit en déroute (Londres - 1872 / -7 +1 =4).
Nullement démoralisé, Zukertort continua sa vie de bohème des échecs en changeant plusieurs fois de nationalité et en collectionnant les victoires en tournois européens : Cologne 1877, Paris 1878, Londres 1883 et Londres 1887. Il affronta aussi en matches quelques grands joueurs d'Europe qu'il battit tous. Convaincu qu'il pouvait enfin rencontrer et vaincre Steinitz, devenu son ennemi juré, il renouvela son défi en 1886.
Le match au sommet, considéré comme le premier championnat du monde officiel des échecs, se déroula aux États-Unis et Zukertort fut bien près de réaliser le rêve de toute sa vie. Mais alors qu'il menait le match, Steinitz réussit à le rejoindre petit-à-petit, puis le battit cruellement dans les deux dernières parties. Zukertort, semble-t-il, ne se releva pas de cette défaite cuisante (5+ 10- 5=) ; il mourut deux ans plus tard, ayant complètement changé, donnant l'image d'un homme défait, au moral brisé.
Paulsen Louis (1833- 1891) est un joueur d'échecs germano-américain.
Paulsen figurait parmi les cinq ou six meilleurs joueurs du monde dans les années 1860 et 18703. Son frère, Wilfried Paulsen, cultivateur de pommes de terre, était aussi un maître d'échecs, mais de niveau moins élevé, et ne se consacrait pas autant au jeu. Louis Paulsen émigra vers les États-Unis en 1854 et se consacra principalement à la théorie du jeu d'échecs5. Ainsi, ses recherches nous ont laissé une vingtaine de variantes d'ouvertures d'échecs.
Surtout, Louis Paulsen est connu pour avoir popularisé la sicilienne Kan, et la sicilienne Paulsen porte toujours son nom. Il a également essayé les variantes que l'on attribue à Taimanov et Boleslavski bien avant ces derniers. Qui plus est, Hans Kmoch a écrit dans son livre L'art de jouer les pions (éditions Payot) que Louis Paulsen a été le véritable découvreur de la variante du dragon et de la variante de Scheveningue.
Avec les Blancs, bien avant Jacques Mieses et Mikhail Tchigorine, il a exploré 2. Cc3 suivi de 3. g3 et du développement du fou en fianchetto dans la sicilienne fermée. Il a révolutionné la défense française en introduisant 3. Cc3 après 1. e4 e6 2. d4 d5. Andrew Soltis a écrit que Paulsen a été le premier à comprendre la variante d'avance de la défense française (il expérimenta pour la première fois 4. c3 après 1. e4 e6 2. d4 d5 3. e5 c5 lors du Tournoi de Leipzig de 1879).
À une époque où l'on croyait encore à la supériorité des cavaliers sur les fous, Paulsen a été un précurseur qui a insisté sur la valeur de la paire de fous. Il bâtissait ses ouvertures autour du bon usage des fous, et il étudia en profondeur le potentiel des fous en fianchetto. Il semble que c'est lui qui a introduit dans le répertoire le plan stratégique de développement de la défense est-indienne. Au Tournoi de Wiesbaden (Allemagne) de 1880, Paulsen joua avec les Noirs contre Adolf Schwartz 1. d4 Cf6 2. c4 g6 3. Cc3 Fg7 4. g3 d6 5. Fg2 o-o 6. Cf3 Cbd7 7. o-o e513, une ligne résolument moderne. Dès 1883, il joua la défense Pirc contre Emil Schallopp et Max Weiss lors du Tournoi de Nuremberg.
Ainsi, dans une époque d'attaques romantiques, Louis Paulsen fut un joueur de défense, positionnel et scientifique, ainsi qu'un grand innovateur de variantes hyper-réactives avec les Noirs. En tournoi, il finit deuxième au tournoi de New York en 1857 (derrière Paul Morphy), premier à Bristol en 1861, 2e à Londres en 1862 (après Adolf Anderssen), 2e au tournoi de Hambourg 1869 (deuxième congrès de la fédération allemande du nord), après un match de départage perdu contre Anderssen ; 5e à Baden-Baden en 1870 (derrière Adolf Anderssen et Wilhelm Steinitz), 1er à Krefeld en 1871 avec Adolf Anderssen, 1er à Leipzig en 1877 devant Adolf Anderssen, Johannes Zukertort et Szymon Winawer, 1er à Francfort en 1878 devant Adolf Anderssen, 2e à Leipzig en 1879 et 4e à Breslau en 1889.
Charousek Rudolf ( 1873- 1900) était un maître d'échecs hongrois, décédé prématurément.
Charousek découvrit les échecs au lycée. La passion pour ce jeu fut telle qu'elle l'amena à interrompre ses études de droit en 1893, afin de se consacrer à une carrière de joueur d'échecs professionnel. En 1893, il perdit un match contre Gyula Makovetz. Il se lia d'amitié avec l'ingénieur hongrois Maróczy, avec lequel il jouait souvent. Charousek était si pauvre que, ne pouvant se payer un exemplaire du volumineux recueil d'ouvertures de Bilguer, il le recopia dans les bibliothèques publiques. Sous-alimenté, il contracta bien vite la tuberculose. Charousek prit part au premier tournoi d'échecs par correspondance en 1893, qui était organisé par le royaume de Hongrie, et partagea le premier prix avec Maróczy.
À la suite de ses premiers succès à Budapest, on commença à inviter Charousek dans les tournois internationaux. Il fit sensation au tournoi de Nuremberg en 1896, en remportant une victoire éclatante contre le champion du monde Emanuel Lasker. Charousek termina douzième avec 8,5 points sur 18. Au printemps de la même année, il partagea la première place avec l'ancien candidat au titre Mikhail Tchigorine (8,5 points sur 12) au tournoi du jubilé de Budapest, mais perdit lors du match de départage (1 à 3). La Société d'échecs de Berlin organisa en 1897 un mémorial à l'occasion des 70 ans du club. Charousek remporta cette compétition (13,5 points sur 18 et 2,5 points d'avance sur Walbrodt, Blackburne, Janowski, Burn, Schlechter, Marco, Alapine, Tchigorine, Schiffers, Winawer, Teichmann, Englisch, Albin et von Bardeleben) empochant la récompense de 2 000 Marks. Au tournoi de Cologne en 1898 il fut deuxième ex-æquo avec deux autres joueurs, puis il remporta le « tournoi des quatre maîtres » de Budapest devançant Maróczy. Après de tels succès, Charousek fut pressenti comme candidat contre Lasker pour le titre mondial, mais la rencontre n'eut jamais lieu : Charousek mourut en 1900, à 26 ans, de tuberculose.
Owen John (1827- 1901) était un vicaire anglais et un joueur d'échecs amateur connu pour avoir été l'un des meilleurs joueur d'échecs anglais du xixe siècle.Il gagna une partie amicale contre Paul Morphy en 1858 ce qui amena un match entre les deux joueurs. Bien que bénéficiant d'un handicap (il avait un pion supplémentaire et avait toujours le trait initial), Owen perdit 6–1 sans gagner une partie. Ses résultats au tournoi de Londres de 1862, le premier tournoi toutes rondes international (au cours duquel chaque participant rencontre tous les autres) furent impressionnants : il finit troisième, précédant le futur champion du monde Wilhelm Steinitz (qui devait terminer 6e de cette rencontre) et fut le seul joueur à gagner contre Adolf Anderssen qui allait remporter le tournoi. John Owen a donné son nom à la Défense Owen, une ouverture qu'il jouait souvent (y compris à l'occasion de sa victoire sur Morphy) caractérisée par les coups : 1.e4 b6. Son meilleur nombre de points Elo historique fut de 2583 avec lequel il fut 9e meilleur joueur du monde en juillet 1877.